EN SALLESThe Descendants : soleil noir
EN SALLESMillenium: Fincher chez les suédois
EN SALLES Trust, le démon internet
EN SALLESLe Projet Nim : la (vraie) planète des singes
AVANT-PREMIERE Daldry: l'enfance, le deuil et New-York
AVANT-PREMIEREA part, peut-être, Madame Thatcher…
AVANT-PREMIEREMichelle est Marilyn
ZOOM DVDLe Stratège : petit mais costaud
A VENIR Radcliffe, l'après Harry Potter

29 janv. 2012

[Critique] LE STRATEGE (Moneyball) de Bennett Miller (2011)


Le sport a toujours inspiré les cinéastes. Des renaissances inespérées (The Wrestler d’Aronofsky) aux chutes inattendues (Million Dollar Baby d’Eastwood), les films autour de la figure du sportif ont souvent été un terrain privilégié pour les leçons de vie, et de cinéma. Côté coulisses, ils sont plus rares. Plus rares encore à se montrer passionnants. Avec Le Stratège, le tranquille Bennett Miller (3 films en dix ans dont le remarqué Truman Capote) signe une sorte d’anti Enfer du dimanche de Stone, version baseball. A l’instar de Billy Beane, manager des Oakland Athletics, équipe sur le déclin, il a su s’entourer des bonnes personnes : un Brad Pitt inspiré, en révolutionnaire qui s’ignore, Jonah Hill- piqué à Apatow- dans un formidable contre-emploi, et deux scénaristes virtuoses (Aaron Sorkin de The Social Network, et Steven Zaillian). Aussi, un livre : Moneyball, écrit par Michael Lewis, ouvrage qui mixe sport et économie et qui est venu changer les règles de toute une industrie : mentalités, tactiques, regards. Cocktail gagnant.

Le film, lui, en plus d’offrir une plongée excitante dans les dessous du baseball (captivante même pour celui qui n’y connaît absolument rien), raconte une belle histoire : celle d’un homme, abonné à l’échec, qui, à force de persévérance, finit par trouver la victoire (essentiellement personnelle d’ailleurs). Pas question cependant pour le cinéaste de déballer les tics habituels du genre ; il n’y aura donc pas d’embrassades dans les vestiaires, d’ambiance virile, de ralentis poussifs sur les bras levés des vainqueurs. Rien de tout cela. Seulement les yeux d’un homme qui a su y croire lorsque tous le disaient perdu, la sobriété des victoires silencieuses, une mise en scène discrète, mais précise. " Mon horreur de la défaite est bien plus grande que mon envie de victoire. Ca, c’est la différence " dit Billy Bean dans Le Stratège. C’est cette philosophie, adoptée d’un bout à l’autre par Miller, qui transforme une œuvre a priori anecdotique, en puissant moment de cinéma.


28 janv. 2012

[Critique] EXTREMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES de Stephen Daldry


[ AVANT-PREMIERE ]

Auteur de génie + réalisateur sensible + thématiques fortes = clés qui ouvrent la porte du succès? Oui, et non. Pourtant, c’est clair qu’il y a du bon, même du très bon, dans l’adaptation du livre de Jonathan Safran Foer que nous offre Stephen Daldry. Le deuil d’Oskar Schell, gamin atypique de 9 ans, qui a perdu son père adoré (et parfait) dans les attentats du 11 septembre est revisité avec beaucoup de cœur par le réalisateur de Billy Elliot et The Hours. Il trouve chez l’acteur Thomas Horn une palette incroyable d’émotions justes liées au deuil (la colère, le choc, le déni), révélant un jeune comédien impressionnant comme il l’avait fait quelques années plus tôt avec Jamie Bell. La manière dont le cinéaste épouse le point de vue du garçon est intense, et recherchée : transformant la ville de New-York en un patchwork de sensations, de bruits et d’odeurs, isolant les détails pour mieux capter l’ensemble de sa fureur, de son énergie, de sa générosité.

La quête d’Oskar (trouver ce qu’ouvre une clé laissée par son père- Tom Hanks- persuadé qu’il y trouvera un message et un sens à sa mort) prend tour à tour des virages cocasses (ces rencontres un peu folles qui se cachent derrière chaque porte), des accents tragiques (séquences bouleversantes d’affrontement avec la mère), des teintes pleine de tendresse (avec ce mystérieux vieil homme mutique avec qui Oskar sympathise). C’est surtout chez ses seconds rôles, Max Von Sydow, Viola Davis et Sandra Bullock, que Daldry puise le meilleur: justesse et pudeur. Hélas, on ne peut pas en dire autant de l’emballage. Le pire, peut-être, est cette musique (signée Alexandre Desplat) qui vient souligner et noyer chaque action, chaque larme. Omniprésente, elle dessert le film. L’exact contraire de Philip Glass sur The Hours, en quelque sorte. Ces violons incessants, Daldry s’y abandonne également dans sa mise en scène, dans des instantanés cucul regrettables : un plan fixe final attendu, un montage facile, quelques manipulations lacrymales. Cela ne gâche en rien l’immense plaisir que l’on prend à suivre cette histoire, sauvée d’une profonde noirceur par le regard de l’enfant. Mais de là à donner l’Oscar à Oskar… Pas vraiment.




Sortie : 29 février 2012.

[Critique] THE DESCENDANTS d'Alexander Payne


Ca y est, on l’a. Notre premier grand choc cinématographique de l’année. Offert par le papa de Sideways et Monsieur Schmidt, The Descendants est un drame tragi-comique bouleversant ET drôle, dans lequel rires et larmes s’étreignent deux heures durant. L’histoire, bien plus complexe qu’elle en a l’air, suit la renaissance d’un quarantenaire occupé, à l’heure où son épouse – qu’il négligeait depuis des lustres- se meurt des suites d’un accident de bateau. L’épiphanie, et le deuil. Côte à côte, dans un film éminemment subtil. L’horreur de la situation- transcendée par une mise en scène lumineuse et inventive, et des piques d’humour amenées avec une finesse exquise- est le catalyseur d’une prise de conscience générale sur l’importance de la vie, du temps qui passe, de l’héritage à transmettre. Dit comme cela, on craint le pathos indie. Mais jamais, jamais, Alexander Payne ne verse dans le larmoyant.

Son film est dur, oui, mais aussi d’une rare intelligence, sachant doser sa noirceur. Tout du long, on y suit le parcours du trio familial sous le soleil d’Hawaï : le soleil brille, les relations s’agitent tout autour, mais leur cœur est lourd. Ils y perdent une femme, mère et épouse. Les adieux sont complexes, car muets. Soudains. L’un n’y portait plus d’attention, l’autre s’était engueulée avec. L’absente, elle, avait pris un amant. Matt (George Clooney, épatant), aux bras de ses filles qu’il (re)découvre (géniales Shailene Woodley et Amara Miller), se met alors en tête d’aller retrouver ce dernier. L’occasion pour le cinéaste de livrer une sorte de road trip mélancolique et sublime, surplombé par la mort, apologisant la vie. En y greffant une autre problématique (doit-on vendre la terre de ses ancêtres pour s’assurer une belle fortune?), Payne va encore plus loin dans sa fouille psychologique et sa démarche. C’est beau, puissant, soigné. "We’re talking about love", dit à un moment l’aînée. Payne aussi.




26 janv. 2012

[Critique] CONTRE TOI de Lola Doillon (2011)


Après un Et toi t’es sur qui ? qui disséquait les troubles adolescents face au désir, Lola Doillon, fille et sœur de, réitère une approche clinique et froide de sentiments contraires. Ceux qui (dés)unissent une femme chirurgienne à son kidnappeur- endeuillé par la mort de son épouse à la suite d’une opération ratée. Contre toi, beau titre évoquant aussi bien l’opposition que l’étreinte à venir, s’attache à suivre l’évolution de la relation équivoque entre ces deux protagonistes, rapprochés par un sentiment d’exclusion sociale, de solitude et de détresse. Gros challenge pour Lola Doillon qui évite bien des écueils. Le huis clos respire, crédibilisé par le face à face d’un duo génial : Kristin Scott Thomas d’un côté, Pio Marmai (Un heureux évènement) de l’autre. Leur affrontement psychologique, pas évident à saisir en images, est retranscrit avec finesse par la jeune cinéaste, à l’aise lorsqu’il s’agit de manier des thèmes aussi complexes que syndrome de Stockholm, dépendance à autrui, ou besoin de vengeance.

D’une danse amour/répulsion, attachement/haine, Doillon tire un petit thriller ramassé, tendu, au montage pertinent, qui va droit au but. Même s’il prend son temps pour observer les fêlures, les renversements, les questionnements intérieurs de deux êtres à la dérive, le film n’essuie jamais de longueurs. Tout du long, il demeure captivant, et pour le moins original. Notamment parce que la réalisatrice ne cherche jamais à faire le procès de ses personnages (ni de l’indifférente médecin indirectement responsable du décès d’une femme, ni du geôlier qui enfreint la loi). Elle le rappelle, il la fuit, il lui fait l’amour, elle le piège. Sans jamais les juger, elle les observe comme l’on observerait des rats de laboratoire pris dans les filets d’une expérience (de vie) qui dérape. Le résultat est inédit, et contre toutes attentes, plutôt subtil.



25 janv. 2012

[Critique] TOI, MOI, LES AUTRES d’Audrey Estrougo (2011)


Une comédie musicale qui transpose la célèbre romance shakespearienne au cœur d’une cité parisienne ? Ponctuée de morceaux de M et de Zazie ? Avec en tête d’affiche, un finaliste de la Nouvelle Star ? Oui, ça donne envie de prendre ses jambes à son cou. Sauf que c’est signé Audrey Estrougo, une jeune cinéaste qui en a, et qui nous avait agréablement surpris avec son premier long Regarde-moi, uppercut classe et féminin sur les banlieues. Et, pour le coup, on a bien fait de tenter l’aventure : Toi, moi, les autres assume à 100% son côté kitsch, et ose un mélange improbable entre légèreté de ton et propos politique latent. A l’instar du duo Ducastel et Martineau, qui parlait de Sida dans leur Jeanne et le garçon formidable, Estrougo s’attaque à la problématique des sans-papiers. Avec quelques maladresses, oui. Une bonne dose de naïveté, aussi.

Mais la sincérité et la motivation dont elle fait preuve remportent l’adhésion et font de son deuxième film, une sorte d’ovni attachant, plein de couleurs, de sourires, d’instants magiques, entre romantisme de midinette et parenthèses gracieuses (le morceau "Un autre monde" notamment, interprété par une Marie-Sohna Condé bouleversante). L’histoire, pourtant, n’avait rien de folichon, avec cette rencontre-coup de foudre un peu sur écrite entre une beurette sympatoche (Leïla Bekhti, toujours impeccable) et un gamin riche (Benjamin Siksou), fils de flic, à l’aube d’un mariage d’intérêt (sublime Cécile Cassel). Pourtant, Estrougo dépasse la candeur du script et propose une œuvre entraînante, qui, en plein coeur d'un genre plutôt désuet et casse-gueule, dévoile tout de même le meilleur de ses interprètes. Au final, elle s’en tire avec humour et panache. Et nous, on attend son troisième film avec impatience.


24 janv. 2012

[Critique] AGNOSIA de Eugenio Mira (2011)


L’affiche ment. Sous la photo énigmatique d’une femme auréolée de mystère, on peut y lire "Par les producteurs du Labyrinthe de Pan et L’Orphelinat". Certes. Sauf qu’inutile de vous attendre à la teinte fantastique dont se trouvaient délicatement enveloppés les deux longs métrages cités : Agnosia tient plus du soap ibérique concentré en deux heures que de l’exercice de style horrifique attendu. Cela ne change rien à l’affaire, soit, mais autant rétablir la vérité d’emblée : ici, pas de fantômes cachés sous le lit ou de créatures maléfiques à combattre. Le mal y est bien humain, et prend la forme d’une méchante dame allemande, prête à tout pour s’approprier le secret de la fabrication d’une lentille, composant d’un viseur de fusil. Si les traits grossiers des personnages (et un manichéisme certain) rappelle le conte de fées, c’est le seul point commun que l’on peut trouver avec les géniaux Labyrinthe de Pan et L’Orphelinat.

Car, si le script d’Agnosia est mignon tout plein, avec sa sous intrigue romantique (deux hommes se déchirent une belle), le visuel est laid. Pour ne pas dire repoussant. Musique grandiloquente lancée à tout bout de champ, reconstitution d’un Barcelone de fin de 19ème quelque peu poussiéreuse, acteurs mono expressifs (le trio Eduardo Noriega, Bárbara Goenaga, Félix Gómez) : l’ensemble ne brille pas par ses qualités esthétiques. Pourtant, Agnosia se laisse regarder sans (grand) déplaisir. Peut-être parce que l’on peut trouver dans ce personnage de jeune princesse coincée dans son château, atteinte d’un mal incurable qui lui confuse les sens (l’agnosie-titre donc), une candeur inhabituelle, une candeur qui, par contraste, fait ressortir toute la cruauté latente de l’œuvre. Parce que si princes et princesse il y a, Eugenio Mira ne sombre jamais pour autant dans la mièvrerie. Toutes griffes dehors, il égratigne l’imagerie naïve mise en place. C’est déjà ça.




Dispo en DVD.

22 janv. 2012

[Critique] MILLENIUM, LES HOMMES QUI N’AIMAIENT PAS LES FEMMES de David Fincher


On l’aime beaucoup, Fincher. Son univers crasseux, ses figures de freaks torturés, sa tendance à filmer l’obsessionnel. Sauf que depuis le lisse Panic Room, le cinéaste se loupe une fois sur deux. Autant son Zodiac faisait preuve d’une intensité monstre, autant son Benjamin Button suivait des chemins tous tracés. Autant son Social Networks éblouissait par des instantanés de mise en scène sublime, autant sa version de Millenium (bouquin de Stieg Larsson, remake du film original signé par le suédois Niels Arden Oplev) pèche par un manque d’audace. Qu’offre-t-il de plus au regard de la première version du film ? C’est simple : pas grand-chose. Prise telle quelle, pourtant, sa vision est efficace, captivante, n’ennuie pas, tire le meilleur parti de la froideur ambiante : climat enneigé, yeux bleus troublants de Craig, maîtrise de l’espace- clos ou tout de verre. On comprend ce qui l’a séduit dans ce récit trouble où un journaliste économique se retrouve confronté au passé sombre d’une famille déviante. L’enquête, la violence, la dichotomie de protagonistes en marge, ses cadavres-fantômes : autant de leitmotivs dans l’œuvre du cinéaste. Mais.

Pour ceux qui n’auraient pas vu le film suédois, Millenium US est une alternative pour le moins correcte, qui offre à peu près la même chose : du trash, des personnages timbrés, une Lisbeth réussie, un complot familial dégueulasse. Les autres se lanceront dans un petit jeu de comparaison qui, s’il amuse un temps, n’a rien de franchement folichon : qui de Rooney Mara ou de Noomi Rapace fait la meilleure Lisbeth ? Laquelle des deux fins est-elle la plus fidèle au livre ? Qui de l’américain ou du suédois remue le plus les tripes ? Ne parvenant jamais à se détacher de ces considérations-là, Fincher ne s’impose pas sur un terrain déjà familier, et toute l’entreprise s’en retrouve ainsi flinguée. Finalement, Millenium n’est rien de plus que la copie d’un bon élève, qui n’aurait pas réussi à masquer totalement le style de son modèle.


20 janv. 2012

[ Critique ] TRUST de David Schwimmer


David Schwimmer, c’est Ross de Friends. Une bouille sympa, un cœur d’artichaut, le boy next door. C’est aussi un réalisateur. Si la plupart du monde l’ignore encore, faute à un Cours toujours Dennis (Run fatboy run) passé inaperçu, cela ne devrait pas rester le cas longtemps. Autant le dire de suite: son second long métrage, Trust, est immensément perturbant, le genre grosse claque dans la gueule. Le sujet est épineux (les prédateurs sexuels en ligne), le traitement fait preuve d’une subtilité inouïe. Au centre du film, une famille. Des parents (magistralement interprétés par Clive Owen et Catherine Keener), et leur ado de 14 ans (Liana Liberato, bouleversante) dont la vie bascule suite au viol de cette dernière par un homme de deux fois son âge, rencontré sur un chat internet. Sur le papier, tout fleure le film à thèse glauque ; à l’écran, le scénario d’Andy Bellin and Robert Festinger est absolument remarquable, d’une finesse psychologique dérangeante.

Trust questionne notre rapport à l’image, la sexualisation des figures adolescentes (notamment au travers de la publicité), la permissivité parentale, les dangers de la toile. Plus qu’un rappel à l’ordre et à la vigilance, il dresse un triste constat : l’impuissance de l’éducation face aux dérives sociales. La force du long-métrage : ne jamais dépeindre la jeune fille comme une marginale, déphasée, en crise. Non, la Annie du film est d’une normalité folle, c’est la fille d’à côté, la fille d’une amie, la vôtre. En résulte, un drame d’une gravité monstrueuse, qui ne verse cependant jamais dans la facilité en préférant explorer intelligemment divers points de vue, réactions, conséquences. Une mère dévastée, un père qui perd pied et trouve refuge dans la colère, une fille abîmée qui opte pour le déni, en protection. Un trio dans une tourmente moderne, filmé avec le recul nécessaire, narré avec dignité. Enclenchant un processus d’identification coup de poing, le film capte, crédible, trois réalités ; prend, authentique, trois visages- pour mieux marquer les esprits. Le mal n’est plus irréel, statistique, virtuel. Le mal a le visage de la banalité.



18 janv. 2012

[Critique] SLIPSTREAM d’Anthony Hopkins


Attention, expérience. Le troisième film d’Anthony Hopkins joue la carte de l’ovniesque, et ce dès les premières secondes du film. Avec ses superpositions d’images, bégaiements, bidouillages de sons, flashs subliminaux et autres étrangetés visuelles, Slipstream a tout du trip hallucinatoire, tordant le temps entre passé, futur et présent, fiction et réel. De quoi parle le film au juste ? On ne le comprend que bien tard, après un long (très long) délire d’une heure et demie, mélange improbable entre un récit éclaté à la Lynch et la démesure criarde d’un Bay ou d’un Tony Scott. Soit le fouillis mental d’un scénariste, Felix Bonhoeffer (incarné par Hopkins lui-même) à l’aube d’une mort imminente. Le pétage de câble d’un artiste au bord du rouleau. D’où le morcellement voulu de l’ensemble du script, qui écartèle ses personnages (mêmes acteurs, différents rôles) et ses niveaux de narration. De temps en temps, Hopkins ose même l’incursion d’images de vieux films des années 50, signifiant la dérive progressive d’un esprit au cœur de ses souvenirs.

A l’image du cerveau dans lequel il effectue une plongée toute aussi fatigante que singulière, Slipstream est un film malade, qui ne fonctionne pas. Pourtant, Hopkins possède une certaine maîtrise esthétique lors de passages à la lisière du rêve et du cauchemar, et d’un goût pour le cynisme assez réjouissant. Car au-delà du désastre de la première lecture (tout y est confus, éreintant, tape-à-l’œil, inutile), il propose une réflexion piquante sur la création et la mort du 7ème art. Ce scénario qui ne veut rien dire, cet homme qui se laisse submerger par la folie furieuse de ce que semble être le nouveau cinéma (s’il copie Scott et consorts, c’est aussi pour mieux les vomir), ce sont surtout des symboles d’une décadence cinématographique à laquelle Hopkins oppose la nostalgie d’un vieux cinéma en noir et blanc, plus sincère et moins corrompu. Le message passe, oui. Mais à quel prix ?!




Dispo en DVD.

17 janv. 2012

[Critique] LE PROJET NIM (Project Nim) de James Marsh


Si le petit chimpanzé César, du récent La Planètes des singes, les origines, vous a ému : Nim Chimpsky (ironiquement nommé ainsi en référence au linguiste Noam Chomsky), va vous hanter pendant longtemps. Arraché à sa mère alors qu’il n’est encore qu’un bébé, le petit chimpanzé est d’abord recueilli par un groupe de hippies idéalistes (psychologues et professeurs), pour devenir le sujet d’étude d’une théorie sur le langage. En effet, selon Herbert Terrace de la Columbia University de New-York, les chimpanzés seraient réceptif à un apprentissage poussé de la langue des signes. Faire construire à Nim des phrases grammaticales claires démontrerait à l’homme qu’il n’est pas le seul à pouvoir manier le langage, n’en déplaise à Chomsky. C’est le début d’un long calvaire pour l’animal (26 années au total) : successivement abandonné par les humains chargés de son développement cognitif, il finira singe de laboratoire, et terminera sa vie en 2000 au sein d’un enclos paumé au fin fond de l’Amérique, loin des pairs de son espèce.

Un destin hors norme pour un documentaire très intéressant (davantage dans le fond que sur la forme) qui pose de bonnes questions sur le rapport homme/animal, la nature humaine, et sauvage (aussi cruelle l’une que l’autre). Mélange d’images d’archives (filmées par les chercheurs de l’époque) et de témoignages des personnes impliquées dans le projet, le film est aussi fort qu’une fiction et fait de l’animal, révélateur des bassesses de l’âme humaine (ambition aveugle, jalousie, domination), un véritable héros de cinéma. James Marsh n’a pas volé son prix de Meilleur Réalisateur de docu au dernier festival de Sundance.


16 janv. 2012

[Critique] LA DAME DE FER (The Iron Lady) de Phyllida Lloyd


[AVANT-PREMIERE]

On se souvient encore (honteusement) d’une Meryl Streep la larme à l’œil, chantonnant du ABBA sur une plage dans Mamma Mia!, parenthèse mélodramatique, kitch et grossière, signée Phyllida Lloyd. Et donc c’est la même réalisatrice qui se lance dans un biopic sur Margaret Thatcher ? Oui. Bigre ! Nous voilà bien embêtés. A la sortie du film : deux constats. D’un côté, on a le numéro monstre d’une actrice qui n’a plus rien à prouver (LA meilleure actrice au monde peut-on affirmer sans rougir), de l’autre, une œuvre alambiquée, portrait gâché d’une figure complexe, ou quand la rigueur british d’une femme inflexible croule sous la vision made in Hollywood d’une cinéaste un peu lourdaude. Son film, Phyllida Lloyd le voulait plus humain qu’apolitique, c’est clair. De là à se vautrer dans une telle surenchère de bons sentiments, faut pas pousser. La cinéaste préfère opter pour un portrait sirupeux d’une vieille dame malade, coincée dans ses souvenirs comme au sein de sa luxueuse demeure, plus capable de discerner le vrai du faux, et hantée par le spectre de son défunt mari. On ne parle plus (vraiment) de Thatcher ici, mais d’un personnage au bord de la démence, dont le script brouillon suit le cours de sa pensée.

Dans l’absolu l’idée est bonne ; à travers le prisme biographique, elle n’a finalement que peu d’intérêt. Surtout que le contexte (thatchérisme, guerre des Malouines, conflits avec l’IRA) est feuilleté comme un vulgaire catalogue de faits, réduit à quelques images d’archives balancées par-ci par là, entre séquences surfaites et raccourcis faciles. En gros, Lloyd filme ce qui l’arrange: le combat d’une femme dans un monde d’hommes (sauf que le féminisme latent ne correspond pas vraiment à la réalité), sa détermination à suivre ses idéaux (toujours sous l’angle du dépassement de soi, jamais sous celui de l’ambition et d'un certain bellicisme), et ses batailles politiques (mais son ultralibéralisme et la vague de privatisations dont elle fut à l’origine ne sont qu’à peine évoqués). Complaisant ? Erroné ? Singulier ? Un peu des trois à la fois, mais sûrement pas le portrait sérieux et puissant que l’on attendait.



Sortie : le 15 février 2012.