LE MEILLEUR DU CINEMA de Diane_Selwyn DEVIENT Céline Cinéma ! Ce nouveau blog débute en 2009. Pour toutes les critiques AVANT 2009, on va ICI.

2.09.2010

LOVELY BONES de Peter Jackson


Il aurait été franchement étonnant que d’un livre moyen, Peter Jackson- un des cinéastes les plus surestimés de la dernière décennie- tire une œuvre potable. Car, dans cette histoire de jeune fille assassinée observant ses proches du paradis, Jackson rate l’essentiel: l’émotion d’abord, la crédibilité ensuite, la profondeur enfin. En attribuant le rôle principal à l’acteur le plus mono expressif de sa génération, il se tire d’emblée une balle dans le pied, amputant consistance et finesse à la belle relation d’un père et d’une fille sur le papier. Ce n’est pas (hélas) sa seule erreur. Jackson s’étire en longueurs là où il ne faut pas (une troisième partie interminable), multiplie les ellipses là où il faudrait s’attarder (sur le travail de deuil notamment, zappé par un humour soudain et inconvenant), et, enfin, édulcore avec pudeur (et à raison) le meurtre de la jeune femme pour in fine se délecter avec sadisme de la mort du serial killer, dans une séquence incompréhensible et franchement discutable. Le pire? Sa vision du paradis- qui sort tout droit d’une pub de déo- figée dans sa superficialité, le cinéaste accumulant lieux communs comme autant de fonds d’écran d’ordinateur. Pour contrebalancer un peu toutes ces mauvaises choses, Jackson parvient néanmoins à scotcher le spectateur dans la partie thriller, alternant avec brio le glauque d’un monde sale et pervers, et la joliesse d’un paradis d’enfant. Son bon acteur flippant en poche (Stanley Tucci), il se permet suspense, frissons dans le dos et vraies visions d’horreur. Maigres soubresauts consolatoires avant de sombrer à nouveau dans le mélodramatique outrancier et agaçant. Le Jackson de Créatures Célestes est loin, très loin.


PLANETE 51 de Jorge Blanco


On ne le dira jamais assez, Pixar a désormais placé la barre très, très haut. Difficile donc pour ses petits de se hisser jusqu’au niveau des studios, autant en matière d’animation que de scénario. C’est le cas pour Jorge Blanco avec Planète 51, dont c’est le premier long métrage, et qui peine grandement à offrir magie et profondeur à son sujet. Pourtant, le pitch de départ était plutôt pas mal, avec cette inversion amusante des codes: les envahisseurs ne sont pas les extraterrestres mais les humains. Hélas, faute d’imagination, le délire ne dépasse pas la simple évocation à l’écran. L’intrigue, basique, ne s’amuse pas des décalages et ne crée aucun "monde" alternatif, les aliens singeant parfaitement le comportement des hommes (barbecue, désir d’avenir, timidité amoureuse et peur de l’inconnu). Le refrain est connu (on est tous l’étranger de quelqu’un), l’humour plutôt moyen (avec une abondance de clins d’oeils cinématographiques pour les nuls, de Star Wars à E.T en passant par Alien et Terminator) et le rythme souvent à la traîne. Déception donc.



2.07.2010

SHERLOCK HOLMES de Guy Ritchie


On connaît la démesure de Ritchie, son goût prononcé pour les dosages survitaminés, et, sa tendance irritante à verser dans tous les sens une grotesque philosophie bon marché. S’il se calme un peu ici, aux manettes d’un film qui évoque, de par le mythe du héros, classe anglaise et retenue toute british, il ne transforme pourtant pas le projet en or, privilégiant l’entertainment superficiel à l’étude de caractère du duo littéraire. Pourtant, il disposait dans sa manche de deux atouts de taille: Downey Jr. et Jude Law, compères de choc et de charme qu’il noie sous une ambigüité sexuelle, mal exploitée et grossière, à coups de grosses allusions à peine dissimulées, qui brillent autant par trop de systématisme que d’anti subtilité. A côté, l’intrigue survit à peine, maintenue hors de l’eau par des séquences d’action rythmées et efficaces, seuls moments potables d’une œuvre qui n’a pas grand-chose à dire. Il est vaguement question (quand même) de foi qui s’oppose à la science, et du combat entre raison et passion (voir fanatisme), mais la bataille que se livre Sherlock Holmes et Lord Blackwood ne transcende jamais véritablement le schéma binaire (primaire?) habituel du bien versus le mal. Et si Ritchie impose sa patte sur l’œuvre de Conan Doyle, c’est seulement en y insufflant un peu de modernité et d’énergie dans les joutes verbales. Pour le reste, soit : reconstitution de l’époque et de la vie londonienne, observation minutieuse des relations entre protagonistes, et intérêt pour une intrigue policière à tiroirs, c’est- purement et simplement- un échec.


2.03.2010

BROTHERS de Jim Sheridan


Sheridan a toujours plus ou moins (bien) filmé la même chose: les grandes causes politiques d’un côté, et la famille de l’autre. De In America à Au Nom du Père, jusqu’à ce Brothers-ci, celles-ci se rencontrent, s’entrechoquent, s’engagent dans une rude bataille pour survivre, le clan familial étant en permanence arraché à sa quiétude initiale. Au travers de ce triangle amoureux, tiré de l’œuvre de Bier, il scrute de près les traumas liés à la guerre ou comment les horreurs perpétrées au combat viennent s’insinuer et se graver dans les êtres, en gangrène monstrueuse de l’être d’avant. Car il y a un avant, et un après, pour tous. Pour ce frère qui se retrouve malgré lui sur le devant de la scène, pour cette femme endeuillée, ce père obligé de questionner un patriotisme exacerbé, pour cet homme parti en soldat, revenu en mort-vivant, sucé jusqu’à la moelle par les fantômes tenaces des culpabilités latentes et des atrocités commises. Sheridan, avec son film, s’inscrit dans la droite lignée d’une flopée d’œuvres qui ont, tout comme lui, pointer du doigt ces guerres destructrices d’âmes et d’hommes, qui bousillent les esprits, les proches, les consciences, et n’ayant pour conséquence que la mort, quelle que soit sa forme (physique ou psychologique). Le problème? D’autres furent bien meilleurs avant lui. Redacted de De Palma- sauvage, cruel, brutal- en profitait aussi pour disserter sur le pouvoir de l’image et des nouveaux médias, ou Dans la vallée d’Elah de Paul Haggis, offrait une sublime réflexion sur le deuil, empreinte d’une justesse incroyable. Ici, Sheridan passe en mode mélodramatique, où l’on pleure sur du U2, avec une manière de filmer la douleur aussi lisse que les larmes de Natalie Portman, charmante mais vautrée dans un systématisme de jeu superficiel. Pour le coup, les mille bonnes idées du récit restent bizarrement figées comme derrière un mur de glace: l’ambigüité des relations entre l’épouse et le beau-frère, le travail de deuil, les implications émotionnelles. Reste la prestation hallucinante de Tobey Maguire, transfiguré tour à tour par la rage, la colère, la peur, la confusion. Certainement dans le plus beau et intéressant rôle de sa carrière, il brûle l’écran en père et époux déchu.



2.02.2010

WERE THE WORLD MINE de Tom Gustafson


Bon, on ne va pas se plaindre, un film gai sur les gays, ce n’est pas forcément coutume. Toujours affublé des pires maux et des plus gros traumas, le monde homo n’est jamais celui où il fait bon vivre. En renversant les idées reçues et les représentations habituelles, Tom Gustafson marque un point et offre à son délire- en plus du message pro tolérance coutumier- une certaine aura comique bienvenue, où l’expérience personnelle vaut toutes les leçons, et, où l’amour parvient à se frayer un chemin malgré tout. C’est mignon tout plein donc et suffisamment bourré de bonnes intentions pour convaincre…sur le papier. Car à l’image, ce n’est pas la même histoire. Avec un budget riquiqui mal exploité et une tendance réductrice à s’adresser à un public d’initiés, le cinéaste bâcle un projet intéressant, qui mêlait avec drôlerie les idées de réel et de fiction, de création artistique et d’épanouissement personnel. Le film n’est jamais vraiment très sérieux, jamais vraiment hilarant, jamais vraiment féérique, kitsch ou engagé, et, finit par ressembler à un gloubi-boulga ésotérico-adolescent où tout part en vrille, ne misant que sur son quota sympathie pour séduire. Hélas, celui-ci (sacrément malmené par un manque de rythme évident et une propension à la mièvrerie assez peu crédible) ne sauve en rien l’œuvre de sa tiédeur.


1.31.2010

IN THE AIR de Jason Reitman


Oui, Jason Reitman navigue à contre-courant. Là où l’on attend mièvrerie, il impose cynisme désabusé, là où l’on espère douceur et happy-end, il dépose à nos pieds- l’air de rien- la cruauté banale du quotidien, la férocité d’une société dont les idéaux sont mis à mal. Comme ses héros, aux sourires aussi angéliques que carnassiers (Aaron Eckhart sympathique vendeur de mort dans Thank you for smoking, Ellen Page à l’innocence de façade dans Juno, Clooney faussement heureux ici), Reitman cache ses immensités de solitude derrière un bel enrobage, un peu pop, un peu indé, toujours entre deux eaux, dénonçant sans pouvoir se battre, acceptant la réalité avec un mutisme déconcertant. Aussi, In the air laisse-t-il perplexe. Pas de vagues d’amour, pas de promesses d’éternité, pas de sursauts soudains au son des violons implacables des contes de fée. Non. A l’instar du protagoniste principal, l’envie d’y croire nous soulève, et donnerait presque des ailes aux plus blasés des blasés. La chute n’en sera que plus belle, les miles collectionnés se substituant aux femmes, les acquis se fracassant le crâne sur les imprévisibles et les cachotteries de tous, Reitman arguant au passage qu’il vaut mieux un tien que deux tu l’auras. Sa chansonnette (apologie de la famille et tout le tintouin) est connue, profondément américaine et parfois agaçante mais a le mérite, dans tout le désespoir qu’elle implique (et qu’elle offre en partage), de rappeler les rêves à l’ordre, et les cœurs à la routine. C’est bien triste. Mais vrai, aussi.


1.28.2010

LA PRINCESSE ET LA GRENOUILLE de Ron Clements et John Musker


Les bayous, le jazz, le vaudou: Disney s’installe en Nouvelle-Orléans et tente de ranimer la flamme de ses mythiques succès. A l’heure où les studios Pixar et Cie rivalisent de trouvailles techniques et de modernité dans leurs discours, Disney s’essaie au revival attendrissant de leur marque de fabrique, à savoir une animation en 2D à la simplicité désarmante et une apologie naïve du monde merveilleux de l’enfance. Il faut avoir gardé une sacrée âme d’enfant pour apprécier le spectacle : les méchants sont toujours punis, les rêves se réalisent fatalement (et de toutes les manières possibles !), le prince épouse forcément la princesse, et ils se marient, et ont (of course) une ribambelle de gamins. Passée cette tolérance à une guimauve puissance mille qui irradie l’écran, on appréciera les quelques tentatives pour ancrer le propos dans la nouvelle ère contemporaine : l’héroïne est noire, serveuse et doit donc se battre plus que les autres pour pouvoir toucher du doigt son rêve, son père est le sosie d’un certain Obama, et sa copine WASP (la princesse du départ) souffre du célibat. Au milieu, il y a pêle-mêle plein de petits passages en chansons, agréables et entraînants, une flopée de belles paroles réconfortantes, une mort édulcorée et un respect en bonne et due forme du merveilleux et de la tendresse inhérente à Disney. Avec un peu d’indulgence et un cynisme enfoui six pieds sous terre, la magie peut éventuellement opérer.



1.26.2010

LE REFUGE de François Ozon


Il semble qu’Ozon soit parvenu à un état de grâce inégalable avec ce chef d’œuvre qui condense tous les motifs de son cinéma. La plage, le bébé, l’homosexualité masculine, la mort, le temps qui passe, le deuil et la descendance comme thématiques d’une œuvre troublante et magnifique, dont la beauté n’a d’égale que la profondeur. C’est un film d’ambiance, qui étreint durablement, dans une langueur paradisiaque, où rêves et cauchemars se côtoient jusqu’à se supprimer, mort et naissance jusqu’à s’équilibrer. Ozon s’attarde sur les corps, son film illustrant une immense réflexion sur le charnel et la peau : de celle de la femme enceinte, à celle de l’homme, des interactions successives et pleines de douceurs entre elles, d’un inconnu sur une mère, d’un homme sur un autre, d’une femme sur le frère de l’absent. Le Refuge est un poème élégiaque sur le ventre de la mère, ultime refuge aux agressions de l’existence, Isabelle Carré symbolisant la pureté et l’absence de souillure de la femme qui va donner naissance, les aiguilles d’hier remplacées par les espoirs d’aujourd’hui. Triste, naviguant sur les eaux troubles des sensations et des ressentis, Ozon s’abandonne à son sujet sans chercher à poser des mots sur ce qu’il filme. Sa caméra est là, viscérale, puissante, et lui, voyeur et tendre, captant les essentiels : le mouvement des vagues, les silences et les peines, un drap sur un corps, et des corps qui meurent, s’unissent, se déchirent et donnent vie. C’est bouleversant dans ses soubresauts poétiques, destructeur dans sa violence sourde- psychologique et émotionnelle- et paradoxalement reposant dans ses belles errances qui rappellent beaucoup, celles, infiniment pudiques, du Temps qu’il Reste.

  • Vu en Avant-Première au Festival Indépendance(s) et Création d’Auch



MOTHER de Bong Joon Ho



Ce qu’il y a d’absolument formidable dans le cinéma coréen, c’est que l’on ne sait jamais où l’on va, ni de quoi sera fait le plan qui suit. D’emblée, en plein champ de blé, Bong Joon Ho convoque poésie et étrangeté lors d’une danse dont on ignore encore les aboutissants. Puis, dans un désordre, paradoxalement maîtrisé, il dévoile peu à peu les fils de ses protagonistes marionnettes, bafouant tous les codes et schémas établis. Rien n’y est clair, troublé par la brume des paraîtres : ni thriller, ni drame, le film s’impose en mélange intimiste des sensations (effroi et drôlerie en amants désespérés), où à l’unisson, les corps interprètent un ballet atypique, apologie géante de la bêtise humaine, la stupidité devenant rempart à la violence des relations et pulsions (meurtrières et incestueuses), l’oubli comme seul refuge à l’atrocité des vérités. Ainsi, du fils à la mère, des flics jusqu’à l’objet (le portable) où se cristallisent enjeux et tension, questions sans réponse, Mother ne parle que de l’effacement des mémoires comme unique sauveur (les souvenirs, ennemis hantant comme démons et fantômes la fragilité des êtres), le cinéaste défendant ardemment- dans une démonstration implacable et virtuose (quelle mise en scène !) un seul précepte : les ignorants sont bénis !!!

  • Vu en Avant-Première au Festival Indépendance(s) et Création d’Auch