LE MEILLEUR DU CINEMA de Diane_Selwyn DEVIENT Céline Cinéma ! Ce nouveau blog débute en 2009. Pour toutes les critiques AVANT 2009, on va ICI.

3.14.2010

SANS LAISSER DE TRACES de Grégoire Vigneron


Pour son premier film, Grégoire Vigneron lorgne du côté du thriller social, et prend pour (anti) héros un golden boy aux dents longues, tiraillé entre ses envies de réussite et son impossible intégrité, son désir de gloire et sa culpabilité. Le personnage, interprété par un Magimel convaincant, est le point fort d’un film un peu faiblard, plus doué pour accabler ses personnages, pris dans un engrenage tout aussi ludique que terrifiant, que pour proposer- en filigrane- une relecture contemporaine de son sujet. Car il y avait pourtant matière à critiquer ce besoin de reconnaissance sociale, cette ambition démesurée qui écrase l’individu en quête de pouvoir. Vigneron, au contraire, se perd dans des perspectives moindres, à savoir une inintéressante réflexion sur la chance (avec une voix off irritante qui ouvre et clôt le film), amoindrie qui plus est par un regard un peu impersonnel sur la chose puisque le film rappelle très souvent d’autres œuvres plus maîtrisées (Le Couperet de Costa Gavras pour le contexte social, Le Serpent d’Eric Barbier pour la relation dominant/dominé avec l’ami d’enfance, véritable poison venu du passé). Hormis quelques séquences atmosphériques plutôt réussies, Sans laisser de traces n’offre donc rien de nouveau, enterrant son intrigue à la hâte, comme fatigué par avance d’insuffler une once de complexité. S’en suit un dénouement bâclé, facile et prévisible qui ne tire pas assez avantage de son immoralité latente.

3.10.2010

CHLOE de Atom Egoyan


Du film d’Anne Fontaine, Egoyan n’en a gardé que la trame conductrice, à savoir le désarroi d’une femme face aux infidélités supposées de son mari, qui engage une jolie call-girl pour vérifier ses doutes. Et celle-ci finira ici aussi par raconter en détails les gâteries faites au dit mari. Pour le reste, tout a changé. La Nathalie-titre notamment est devenue Chloé, dix ans de moins, a gagné en jeunesse mais perdu en pudeur. Le sujet aussi – dans le tourbillon mi-érotique mi-thriller que crée le cinéaste – ne semble plus être le même: là où il était question de duel psychologique à l’ambigüité déroutante chez Fontaine, il y a passage à l’acte et flou sexuel du côté d’Egoyan qui, en autorisant une liaison entre les deux femmes, déplace carrément le point d’attention du film. La jeune femme, absolument raide dingue de son aînée, devient alors à la fois victime et bourreau d’un jeu de séduction qu’elle a amorcé, annihilant par là-même le premier twist final (que l’on connaissait déjà) pour privilégier un second (la toute dernière image) où naissent tous les possibles. Est-ce l’histoire d’une femme en pleine crise de la quarantaine qui renie jusqu’au bout ses inclinations? Est-ce l’apologie de l’éphémère amoureux versus la lassitude du mariage? Là où les deux amants trouvaient paix et quiétude, tendresse et considération dans le Paris de Nathalie, les deux tourtereaux de Toronto laissent planer le doute jusqu’à la fin. N’est-il pas simplement question que du mariage comme mensonge et paraître? Egoyan, comme d’habitude, nous perd dans une atmosphère envoûtante, qu’il entretient grâce à une bande son entêtante et des décors de glace, classes et d’une froideur séduisante. Au milieu, des interprètes formidables (le duo féminin tout spécialement) et des pistes de réflexion à n’en plus finir, dans les dédales du désir, auxquels tous (et toutes) s’abandonnent, ici, corps et âmes.



3.08.2010

CRAZY HEART de Scott Cooper


Crazy Heart prend son temps, traînant au bord des routes une mélancolie triste et un bagage trop lourd, fait des douleurs d’hier et des doutes d’aujourd’hui. Plein d’une vie qu’il connaît que trop bien. Imbibé d’alcool et de lendemain de fêtes. Animé par l’espoir, l’amour, une femme, un pardon possible. Tranquille et serein. Abimé, blessé. Comme un air de country. Pour incarner le chanteur sur le déclin, Jeff Bridges prête son corps et sa voix, en cow-boy désabusé, d’une justesse impeccable lorsqu’il s’agit de trouver le bon regard ou le geste qu’il faut. A ses côtés, une parfaite Maggie Gyllenhaal, championne du ciné indé, lumière au milieu des ténèbres, rencontre inopinée, second souffle, dernière chance. La magie du film repose entièrement sur celle du duo, et sur leur sublime histoire d’amour qui contre toutes les niaiseries du genre. Pas de happy end ici, pas de promesses, pas d’incroyables, mais simplement la vie, dans son entièreté, mauvaise, cruelle, tendre aussi. A la manière d’un Mickey Rourke qui opérait un come back fracassant dans The Wrestler, il y a un an, Jeff Bridges s’impose sur le devant de la scène en Bad Blake, star déchue, symbole de tout un esprit perdu, à l’abandon. Une figure du passé, détrônée par la jeunesse, et le capitalisme. Comme en témoigne le passage du flambeau final. Résultat? Un beau film tout en finesse et pudeur, sans excès dramatique, prévisible dans sa forme, mais surprenant d’humanité.

Oscar de la Meilleure Chanson pour The Weary Kind
Oscar du Meilleur Acteur pour Jeff Bridges.



3.06.2010

DAYBREAKERS des Frères Spierig


Même si Daybreakers rappelle par certains aspects nombreux de ses prédécesseurs (le vampire à l’humanité entêtante nommé Edward, la quête d’un substitut de sang comme dans True Blood ou les tueries gores à la Blade), les Frères Spierig ne manquent pas d’idées. Peinture d’une société inversée où les vampires sont dépourvus d’humains pour se nourrir, le film s’impose comme un savant mélange entre action brutale et sanglante, et considérations plus profondes sur la nature humaine, l’homme comme prédateur, retourné à l’état sauvage, animaux en simple quête de nourriture, insatiables et cruels devant le manque. Cela donne naissance à des séquences furieusement réjouissantes où se déverse l’imagination sadique des deux frangins (vampires à l’abattoir, vampires clodos transformés en monstres, combats absurdes qui soulignent la bêtise de tout affrontement, etc.). Sans tomber dans les écueils du genre (l’histoire d’amour attendue par exemple est justement mise de côté), le film parvient à installer une atmosphère suffisamment singulière pour séduire, entre métallique froid et pointes soudaines de chaleur humaine, bestialité primaire et douceur apparente. Daybreakers demeure alors, d’un bout à l’autre, un divertissement correct, série B bien menée par des acteurs motivants. Rien de plus, mais c’est déjà ça.


3.05.2010

NINE de Rob Marshall


Plus l’ambition est grande, les moyens gigantesques, le casting en pluie de stars: plus le naufrage- esthétique, musical, cinématographique- est titanesque. Avec un désir latent d’hommage au 8 et ½ de Fellini et plus généralement à l’exubérance du ciné italien, Rob Marshall (pourtant réalisateur de la bonne comédie musicale Chicago) signe ici un immense navet, colossal de nullité, grossier, moche, et ennuyeux. Embarrassant tant le casting à lui-seul justifiait le film: Cotillard plutôt sobre, Cruz sensuelle, Kidman classieuse et Day-Lewis impétueux. Embarrassant car sûr de lui, fier, tout en fougue et brusquerie, pensant certainement tenir là matière à déverser du baroque déchaîné, moderne, entraînant. Que nenni. Empêtré dans une gênante mise en abîme du vide de son scénario (avec un Guido insupportable, victime de la page blanche), Marshall alterne mollement séquences en chansons et remplissage verbeux, suivant un mouvement à contre temps, tempo en décalage avec toute idée de fluidité et de charme. Cerise sur le gâteau: même les chansons ne sont guère motivantes, engluées dans des paroles simplistes et des numéros de charme datés et vulgaires ! Pour une comédie musicale, c’est un comble.



3.03.2010

THE GHOST-WRITER de Roman Polanski


On peut en faire des parallèles entre l’intrigue complexe du nouveau Polanski et la situation judiciaire de l’auteur, on peut y voir de nombreux fantômes: l’Amérique en second plan, ennemie; le caché en arrière plan, spectre de la conscience ; le passé en premier plan, que l’on se prend en pleine face comme un boomerang. Mais, au-delà des résonnances intimes, on y voit surtout une seule chose, essentielle et suffisante: un sublime chef-d’œuvre, d’une maîtrise incroyable, tendu comme le silence, majestueux comme le cadre, d’une inquiétante sournoiserie où le pire surgit d’on ne sait où, menace permanente et animale, domptée par un maître de cinéma, qui offre ici une gigantesque leçon de savoir-faire, habile dans le contrôle total de son récit à tiroirs, amusé, amusant, ludique, oppressant, insaisissable, empruntant de nombreux chemins hitchcockiens pour mieux y tatouer sa patte, pris tout aussi bien de folie que de sagesse dans sa mise en scène. Polanski est de retour: thématiques habituelles (la paranoïa, le secret, le huis-clos) et souffle nouveau, tout concourt à faire de ce Ghost-Writer là un temps fort de l’année cinématographique. Un temps fort pour toute une carrière d’artiste, aussi. Traînant une atmosphère tout aussi envoûtante que stressante, et convoquant modernité et nostalgie, Polanski effectue une fouille des âmes impeccable, rarement aussi réussie dans le genre du thriller. Les poussées dramatiques et humaines sont intenses, l’aspect politique parfaitement creusé, le travail sur la photo et le son absolument époustouflant. Dans un régal d’images semblant être étudiées à la seconde près, et dans un ballet champ/hors-champ diabolique et manipulateur, Polanski s’implique et implique, tirant les ficelles d’une danse effrénée, mensonges et vérités s’affrontant jusqu’au prodigieux final où feuilles et mots au vent, on assiste à la renaissance grandiose d’un cinéaste.


2.27.2010

UNE EDUCATION de Lone Scherfig


La danoise Lone Scherfig a laissé les préceptes du dogme derrière elle mais n’a pas oublié sa thématique favorite: la rencontre inopinée entre deux êtres, qui change la donne, et qui apprend autant sur soi que sur les autres. Dans ce récit d’apprentissage aussi classieux que classique, ancré dans une reconstitution crédible du Londres et du Paris des années 60, il y a une jeune fille d’un côté, un homme mûr de l’autre, un pygmalion peut-être, un amant sûrement, et au milieu toute une idée de l’éducation, à faire, à concevoir, et surtout, à questionner. Résolument moderne dans les problématiques qu’il met en exergue (doit-on préférer une éducation "de la vie" à l’instruction d’un cursus universitaire? Quelle liberté obtient-on à posséder une certaine culture, surtout en tant que femme? Comment s’affranchir des carcans obligés et des pressions sociales?), Une éducation est un récit adroit, parce qu’il préfère la cruauté des désillusions aux discours confortables des success stories personnelles. La relation entre Jenny et David n’en est que plus trouble- bien que pas forcément exploitée dans son entière ambigüité- et a le mérite de prouver tout du long l’hypocrisie des parents de celle-ci (tout aussi séduits qu’elle par le miroir aux alouettes) ou celle, plus sournoise, des institutions (paralysées par une préférence prononcée pour la sécurité face à l’aventure). Là où l’on suit le film les yeux fermés, c’est lorsqu’il énonce clairement que le seul affranchissement possible pour une figure féminine est l’indépendance par rapport à l’homme, au travers notamment du savoir. Là où l’on est plus sceptique, en revanche, c’est dans sa prise de position pro conventions sous-jacente, où le retour au commun est érigé en seul bon chemin envisageable, le non respect des normes n’entraînant pour l’héroïne que déceptions et résignations, âge adulte rimant alors avec sages ambitions et fades acceptations.