EN SALLES Combat de mères
EN SALLES Mud, les imaginaires de l'Amérique
EN SALLES Du vintage aux paillettes
EN SALLESL'intégrité selon Redford
EN SALLESTrance, brainstorming électro
EN SALLESGondry, clown triste
EN SALLES Ames vagabondes: Niccol absent
EN SALLES Evil dead: remake réussi
RATTRAPAGE Renoir: l'art et la muse
A VENIR Star Trek into darkness

19 déc. 2013

[TOP 15] FILMS 2013

1) A la merveille (Terrence Malick)

2) Spring Breakers (Harmony Korine) 

3) La Vie d'Adèle, chapitre 1 et 2 (Abdellatif Kechiche)

4) The Broken Circle Breakdown (Felix Van Groeningen) 

5) Inside Llewyn Davis (Joel et Ethan Coen) 

6) Stories we tell (Sarah Polley)

7) Magic Magic (Sebastien Silva)

8) Promised Land (Gus Van Sant) 

9) Le temps de l'aventure (Jérôme Bonnell) 

10) La Grande Bellezza (Paolo Sorrentino)

11) Cloud Atlas (Larry et Lana Wachowski) 

12) La Danza de la realidad (Alejandro Jodorowsky) 

13) Camille Claudel 1915 (Bruno Dumont) 

14) Frances Ha (Noah Baumbach)

 15) Le Congrès (Ari Folman)

5 déc. 2013

[TOP 15 ALBUMS] 2013

1) VAMPIRE WEEKEND - Modern vampires of the city (New-York)



2) AUSTRA - Olympia (Toronto)

3) SMITH WESTERNS - Soft will (Chicago)
 

4) GROENLAND - The Chase (Québec)


5) LUDIVICO EINAUDI - In a time lapse (Italie)


6) AGNES OBEL - Aventine (Danemark)


7) GRANVILLE - Les Voiles (France)


8) FOXYGEN - We are the 21st ambassadors of peace and love (Californie)


9) ALEX BEAUPAIN - Après moi le déluge (France)


10) LES SOEURS BOULAY - Le poids des confettis (Québec)


11) DAUGHTER - If you leave (Londres)


12) MAJICAL CLOUDZ - Impersonator (Montréal)


13) BASIA BULAT - Tall tall shadow (Toronto)


14) JULIEN DORE - Love (France)


15) ANNA CALVI - One Breath (Grande-Bretagne)

31 août 2013

[Critique] BLUE JASMINE de Woody Allen

Le dernier film de Woody Allen est féministe 

Lorsque Jasmine quitte sa vie luxueuse new-yorkaise, après le suicide de son escroc de mari (Alec Baldwyn), et débarque à San Francisco dans le salon modeste de Ginger sa sœur caissière (Sally Hawkins), sur le point de se marier, c'est les poches vides et les neurones fragiles. L'intrigue rappelle immédiatement la pièce ' Un tramway nommé désir' de Tennessee Williams qui narre une même chute sociale et ruine financière. Dans la filmographie même d'Allen, les deux sœurs de ' Blue Jasmine' font plutôt écho aux frères du 'Rêve de Cassandre', personnages qui s'inscrivent simultanément au cœur d'un monde moderne (la crise économique ou encore la lutte des classes), et d'un héritage culturel plus large. Il y avait du Dostoïevski et une haute influence des romans russes dans ' Un Rêve de Cassandre', il y a une présence certaine du théâtre américain classique ici. Dans les deux : un même American Dream malmené, mourant, source d'aliénation. Un même arrière-fond social, presque politique, qui observe d'obsessives quêtes monétaires, faites au détriment de l'humain et des valeurs. Et, puisque l'on est chez Allen, les tragédies prennent des allures comiques et des accents cyniques délectables. 

Comme Annie Hall n'aurait pas existé sans Diane Keaton, Hannah sans Mia Farrow, Jasmine French ne serait rien sans son interprète Cate Blanchett. Même si les derniers crus de Woody Allen ont su amuser l'oeil (son tour d'Europe) et gâter l'esprit (Match Point et Whatever works notamment étaient brillamment écrits), ils leur manquaient ce petit quelque chose de supérieur qui a fait ses chefs d'oeuvre : l'aura prodigieuse d'une actrice, propre aux grandes (et tragiques) héroïnes alleniennes. S'il réussit à renouer avec son grand cinéma d'antan donc, c'est avant tout grâce à Blanchett qui incarne une Blanche DuBois contemporaine en usant habilement des paradoxes : elle est odieuse mais attachante, le ton est hystérique mais le jeu plein de justesse. Sa Jasmine French nous rappelle aux névroses féminines, inhérentes aux personnages de Woody Allen, mais aussi aux basculements dans la folie propres au dramaturge Williams, dont les pièces exposent des femmes-enfants mentalement instables. Allen nous parle d'argent et de crise certes, mais s'attache surtout à dépeindre la condition de la femme aujourd'hui.

" Domination masculine similaire à celle exercée dans les années cinquante"

C'est ainsi qu'en mode comédie (le film est vraiment très, très drôle), le cinéaste pose sur la table d'amers constats, et ce avec le regard impitoyablement lucide qu'on lui connaît. Tant que la femme du 21ème siècle acceptera de dépendre (que ce soit affectivement ou financièrement) d'un homme, elle subira un même patriarcat, et une domination masculine similaire à celle exercée dans les années cinquante. Le vrai drame de Jasmine French n'est pas tant la perte de sa fortune, sacs Hermes ou manteaux de fourrures, que sa dépendance totale à l'Homme. En arrêtant l'université et les études, elle n'a pas pu (su?) gagner son indépendance financière. Elle ne sait même pas se servir d'un ordinateur. Sa réussite n'était qu'un masque fragile, une demie vérité. D'ailleurs, elle ne s'appelle pas vraiment Jasmine, mais Jeanette. Des ajustements du réel que Woody Allen vient par ailleurs ironiquement souligner au gré de flashback fluides et ludiques qui offrent du rythme au propos. 

Cette dépendance, c'est aussi- dans un autre genre- le drame de sa sœur. Bien que cette dernière ne soit pas non plus suffisamment éduquée pour espérer quoi que ce soit d'autre qu'un morne avenir de caissière, c'est autrement que se dessine sa faiblesse. Par son obsession de plaire, devenue dépendance. On ne sait, in fine, si elle reste avec ses 'losers' par amour, ou par la triste nécessité coriace d'une attention masculine. En témoigne son infidélité en plein film, bien vite balayée dès lors qu'elle ne peut plus garder près d'elle l'objet du désir. En témoigne en outre l'importance qu'elle accorde à l'avis de Jasmine, lorsqu'il s'agit de choisir un homme qui la mettrait (socialement) en valeur. Jasmine et sa sœur se croient diamétralement opposées, mais elles ne le sont pas tant que cela, dit Allen. En effet, toutes deux sont prises dans les filets d'un consumérisme très 2013. Les sacs de créateurs sont comme les hommes : ils permettent (tragiquement) aux femmes de s'offrir de la valeur. A la fin, et malgré l'apparence tout sourire et jazzy du film, Allen ne pointe du doigt rien de plus que l'asservissement des femmes modernes, toutes aussi victimes- des diktats masculins et sociaux- que l'étaient les protagonistes féminins de Williams en leur temps. C'est tout autant leur faute que celle d'une société qui ne valorise plus que le luxe et l'apparence, et, tant qu'elles ne se donneront pas les armes (éducation et confiance en soi) pour exister par elles-mêmes, elles ne trouveront jamais - sinon le bonheur- la possibilité de bâtir le futur qu'elles désirent. Ginger le comprend, choisit de s'affranchir de l'opinion de sa soeur, et trace sa route vers le bonheur. Jasmine, quant à elle, le refuse et se condamne à la folie. Est-ce que tout cela fait du dernier Woody Allen un film féministe ? La réponse est oui.

SORTIE FRANCE: 25 septembre 2013

6 juil. 2013

[Critique] THE BLING RING de Sofia Coppola

Depuis son Virgin Suicides en 1999, Sofia Coppola s’est faite la peintre de l’ennui bourgeois. D’une trilogie féminine, qui explorait les troubles de femmes sublimées et paumées (les cinq sœurs vierges, Scarlett Johansson dans Lost in Translation, ou encore Marie-Antoinette), la cinéaste a basculé depuis peu dans un paysage plus masculin, adoptant le point de vue d’un homme dans Somewhere, d’un ado dans ce Bling Ring très pop et coloré. Clinquant en apparence, ne faisant jaillir que le vide qui emplit les personnages et leur existence, son cinquième film trouve le bon équilibre entre cynisme et ironie, drame et drôlerie. On est à L.A, il y a le luxe, les palmiers, Facebook, l’âge ingrat. Et les fantasmes d’ados perdus, pris dans l’engrenage de la surenchère. Ils dépouillent les stars, s’affichent sur le net, collectionnent jusqu’à la nausée un luxe dont ils n’ont pas besoin. J’ai, donc je suis. Pourquoi chipent-ils les sacs des célébrités à la mode ? Pourquoi sont-ils obsédés par la gloire et les billets verts ? Pourquoi s’entêtent-ils à visiter les maisons des stars alors même que la police est à leurs trousses ? Coppola se fiche des pourquoi. Ce qu’elle filme, c’est le résultat et les produits d’une société malade. Monde de strass qui glorifie la vacuité, qui fait du paraître l’être, et qui empêche d’exister sans le regard d’autrui. The Bling Ring, c’est le trash d’Harmony Korine avalé par les paillettes de Paris Hilton. Korine nous servait du vinaigre. Coppola sort les bonbons. Pourtant, au milieu de toutes les séquences de cambriolage soft, orchestrées avec pas mal d’ambition par une réalisatrice qui essaie à tout prix d’éviter la redondance, il y a plusieurs scènes qui font froid dans le dos. D’abord : une arme, une jeune fille. La séquence laisse entrevoir la pulsion de mort tapie dans chaque piqûre d’adrénaline que constituent les vols, et le vide- immense et noir- qui sert de moteur au groupe. Ensuite, l’image de fin. Elle y dévoile une réalité terrifiante : l’ado dit adieu à ses costumes Armani, ses Rolex et écharpes griffées, enfile un ensemble orangé de taulard, et ne pense pourtant qu’à l’ascension du nombre de ses amis Facebook. Même isolé du groupe social, même privé de toute liberté. C’est dire le conditionnement de la jeunesse. Et les dégâts. 

Seuls, anonymes, les ados d’aujourd’hui pensent n’être personne. Ensembles, célèbres (et ce, qu’importe les moyens employés), ils se sentent invincibles. Coppola, parallèlement à leurs malaises existentiels, filme les chairs tristes, et les carcasses vides. Derrière la fascination maladive pour ce qui est célèbre, il n’y a rien. Les corps ne désirent plus, ils souhaitent simplement être vus. Les cœurs ne battent plus, ils cherchent des moyens de s’allumer, à nouveau. Pour faire passer ces concepts (l’ennui, le mal-être, le dégoût pour la vie), Coppola demeure à la bonne distance : entre le déluge des flashs des téléphones portables qui immortalisent jusqu’à l’écoeurement cette vie qu’ils ne vivent pas vraiment et les étalages de luxe des penderies et tiroirs, qui viennent combler les absences. Absence d’avenir (la plupart ne suit plus de cours à proprement parler), absence de repères (la cellule familiale reste la plupart du temps dans l’ombre). La cinéaste ne juge jamais, n’analyse rien, mais capte à merveille l’errance et le puzzle identitaire, faisant de The Bling Ring l’instantané blasé d’une époque. Coppola éclabousse personnages et spectateurs d’une substance vaine, visqueuse et sans éclat, et, laisse poindre la tristesse et la vacuité d’une génération derrière le beat faussement enjoué d’une chanson de Sleigh Bells. Certains penseront qu’elle n’a rien à dire, puisqu’elle ne dit rien. Au fond, c’est tout le contraire. De son silence froid et quasi moqueur, jaillit le constat- las, désabusé- qu’il est de toute façon trop tard pour insuffler de l’âme et du cœur à ce qui n’est que pacotille et/ou illusoire. Et, à bien y réfléchir, la résignation- et peut-être surtout lorsqu’elle apparaît sournoisement amusée- est un point de vue comme un autre.


30 mai 2013

[Critique] REALITY de Matteo Garrone (2012)


On pourrait l’oublier devant les accents comiques du prologue, mais Reality est bien vite rattrapé par le réel, justement. Par tout ce que ce dernier contient de sinistre et de triste. Au départ, il y a Luciano, poissonnier napolitain grande gueule et son clan de freaks italiens. Ils parlent tous trop fort, arborent leurs bourrelets et leur sans-gêne sur les bords des piscines, dans les halls des centres commerciaux. L’air de rien, le cinéaste Matteo Garrone dessine un portrait très ironique de la classe modeste italienne, des beaufs un peu patauds, adeptes du consumérisme et des shows télé sans cervelle. Bien vite, la tendresse éprouvée à leur égard se mue en compassion gênée. Bien vite encore, on perçoit toute l’ambition de Garrone : dénoncer la fascination malsaine exercée par la télé-poubelle. Son arme ? Le cinéma. De grands travellings classieux. De majestueux plans séquences travaillés. Des images qui frappent l’esprit (le travestissement initial de toute beauté en écho aux supercheries du monde du spectacle et déjà annonciateur des désillusions à venir), et, un rire final comme la plainte amère d’un animal blessé et qui hante longtemps après la projection. Tout commence par un casting anodin à l’émission de télé réalité ‘Grande Fratello’ auquel participe le patriarche, charismatique, animal, incarné par le taulard Aniello Arena. Dès lors que le projecteur se retrouve braqué sur lui, la mécanique humoristique déraille. Place aux grincements de dents et au show de la folie. Garrone, via la lente descente aux enfers du héros, n’a plus qu’une idée en tête: dresser le portrait au vitriol d’une société obsédée par ses fantasmes de reconnaissance et de gloire. 

Le père impeccable des prémisses se transforme, à mesure que se déroule le récit, en proie contemporaine: la quête de la célébrité et de l’argent facile dévorant chair, cerveau, espoirs et libre arbitre. Parce que personne ne le rappelle pour participer à l’émission de télé réalité, le mec devient parano, sombre dans le déni, ne trouve plus aucun sens à vivre si ce n’est pas face caméra. On comprend mieux, à la fin, pourquoi Garrone a tant étalé sa séquence d’exposition où les personnages, plein de gouaille et d’énergie, balancent de la vie grandeur nature sur la pellicule. Parce qu’il s’agit par la suite d’exposer clairement un contraste : la télé, c’est la mort de l’art, mais aussi la mort de l’être, dans son entièreté. Ces filles et ces garçons, filmés 24/24 dans l’émission télé, sont des non êtres. Des spectres vidés de toute substance. S’ils existent, c’est via les regards posés sur eux. Via ces yeux qui viennent nourrir la bêtise d’un non spectacle, de la non action. Garrone passe de la tranche de vie follement italienne au désespoir le plus total. Le film passe, la famille trépasse. Les cris bruyants des débuts font place aux silences les plus glaciaux. In fine, il n’y a plus rien à dire, il n’y a plus qu’à rire, jusqu’à la déraison totale, du grotesque de la situation. Reality, ce n’est pas que l’histoire d’un homme qui pète un plomb mais un miroir tendu à la vacuité humaine, lorsqu’hommes et femmes préfèrent aux folles étincelles de la vie, les écrans froids de leur télévision. Il faut le voir Luciano, à la fin, en fantôme-hagard, trôner au milieu de sa solitude. Dépossédé de toute humanité. Propulsé en enfer.


22 mai 2013

[Critique] MAMÀ de Andres Muschietti


A la base, il y a un court-métrage de trois minutes. Le fantôme rageur d’une mère qui terrorise ses deux fillettes. Mais l’argentin Andres Muschietti avait plus à dire : il fallait trouver un contexte pour inscrire cette histoire de terreur, des protagonistes à étayer, des pistes thématiques à fouiller. Avec Mama, version longue et canado-espagnole, il vient surfer sur le filon populaire du genre, de L’Orphelinat aux Yeux de Julia, soit l’exploitation de drames familiaux comme terrains propices aux déversements des rancoeurs les plus sombres. Le film de Muschietti, produit par Guillermo del Toro papa du genre, s’ouvre et se conclut avec magnificence. Pour commencer, il offre un prologue sauvage: un père perd la boule, tue sa femme, s’enfuit au fond de la forêt avec ses gamines. Pour terminer, le prologue déverse une beauté romantico-macabre qui pousse jusqu’au paroxysme (et au paradoxe) le fil conducteur du récit : l’amour d’une mère. Pas de happy end non plus, autre marque de fabrique d’un genre très sombre et très violent. Le problème, avec les bonnes idées que l’on étire, est de tenir sur la longueur. Au milieu de Mama, il n’y a hélas rien d’inédit : des ficelles scénaristiques attendues, des seconds rôles mal taillés (le personnage du docteur notamment est sous exploité), des parenthèses de frissons qui peinent à soulever les cœurs. Tout commence avec une rockeuse rebelle, brillamment interprétée par Jessica Chastain. Alors qu’elle ne veut pas d’enfants, elle se retrouve avec les deux petites nièces de son copain sur les bras. Son personnage, bien que peu subtilement amené, sert de joli vecteur à une réflexion sur la maternité et l’instinct animal. En tentant d’apprivoiser les orphelines, retournées à l’état sauvage suite à leur abandon, elle trouvera une rivale de taille : une Mama mystérieuse, maman endeuillée croisée The Grudge

De là, Muschietti mise tout sur l’atmosphère angoissante d’un récit qui s’amuse d’abord intelligemment avec le hors champ, ne dévoilant la Mama-titre qu’après un ludique jeu du chat et de la souris instauré avec le spectateur. On voit bien que les couvertures se tirent, que les murs se noircissent, que les regards des filles cherchent des approbations dans des pièces affreusement vides, mais on ne découvrira que plus tard le visage du spectre vengeur. A l’instar de toutes les surprises, une fois éventées, l’excitation disparaît. Ne reste plus alors que le duel féminin dans toute sa splendeur maléfique : la pulsion de vie contre la puissance de la mort, le combat fou de deux mères qui protègent leurs petites. On regrettera deux choses pourtant . d’un côté, l’idée, matraquée en filigrane, qu’une femme ne peut PAS contrer la Nature : il faut qu’elle soit mère; et par là même abandonner ses anticonformismes rock’n’roll; de l’autre, l’absence de soubresauts brutaux, ces jets d’horreur pure que déversaient L’Orphelinat ou Le Labyrithe de Pan en leur temps. Mama, pour autant, n’est pas un mauvais film, il distille même, par instants, une poésie noire magico-triste, doublement magnifiée lorsque c’est Chastain qui la débite.



18 mai 2013

[Critique] MUD de Jeff Nichols


Comme dans Shotgun stories et Take Shelter, l’imagerie rurale est puissante. De plans larges sur les eaux du Mississippi à la verdure sauvage d’une île abandonnée, Jeff Nichols nous balade au coeur des contradictions. Pureté et dangerosité se côtoient dans une même nature. Amour innocent et pulsions violentes dans un même être. Mud, au fond, est un récit initiatique dans la veine de ceux qu’a écrit Mark Twain, qui voit Ellis (Tye Sheridan vu dans Tree of life), une sorte de Tom Sawyer moderne, se cogner à l’apreté du réel. Lorsque l’adolescent de 14 ans et son meilleur copain Neckbone rencontrent Mud (Matthew McConaughey) en plein bayou de l’Arkansas, leur petit monde confortable s’écroule : les amours se révèlent complexes et décevantes, les intentions des hommes insaisissables, les noirceurs prêtes à surgir de n’importe où. Pourtant, Ellis s’accroche à un rêve : celui de l’Amour, avec un grand A, celui qui durerait une vie entière, l’amour comme nouveau refuge, l’idée ultra romantique, et très naïve, que l’on peut aimer pour toujours, et que cela seul suffit au bonheur. L’idéalisation de l’histoire d’amour entre Mud et Juniper (Reese Witherspoon), permet à Ellis d’échapper à une triste réalité : ses parents divorcent, la fille dont il est tombé amoureux ne veut pas de lui. Tel le fleuve que Nichols filme comme un personnage (omniscient) à part entière, la vie, aussi douce paraît-elle en apparence, cache bien des serpents : des mafieux dans les chambres d’hôtels, des femmes infidèles, des illusions déçues. Mud, qui vient clore la trilogie de Nichols sur la famille américaine, fait alors fusionner plusieurs genres : aventures, thriller, drame. A l’image de l’existence même. 

Une nouvelle fois, le cinéaste de 34 ans filme les paysages comme des tableaux, où se déversent toutes les angoisses humaines. Il y a encore à l’écran les mêmes peurs : celles d’un héritage parental que l’on refuse, celles d’une société trop moderne qui vient écraser les bonheurs simples. La cellule familiale implosait déjà dans Shotgun stories, la crise économique imbibait la pellicule de Take Shelter. Dans Mud, si l’image épouse des formes classiques qui rappellent dans un sens les westerns et autres films aux grands espaces, le propos s’inscrit indéniablement dans un contexte très contemporain où les gamins reçoivent trop vite les claques infligées par la vie. Mud, aussi, est un beau film. Avec ses icônes masculines qui ravivent les racines esthétiques et imaginaires de l’Amérique : Nichols filme McConaughey comme les cow-boy d’antan, Witherspoon en femme aussi fatale qu’idéalisée. Les figures, à l’instar des matières, sont sublimées. Nichols a de toute façon toujours été très visuel, mixant avec une sagesse étonnante une photographie sublime aux troubles intérieurs. Le résultat, forcément, impose le respect, par sa maîtrise tranquille, par sa fougue sourde, par cette façon remarquable qu’il a de mêler et démêler les attentes et acquis. A la fin, on ne sait plus trop sur quel pied danser : l’amour n’est-il qu’un idéal de gosse ? Qu’un éternel recommencement ? Qu’une eau folle et indomptable dans laquelle on ne peut que se noyer? Comme dans Take Shelter, le final ne vient rien résoudre et laisse les interrogations naviguer dans les têtes, le bonheur filer entre les doigts. Il y a, encore, caché au sein d'une conclusion pourtant optimiste, ce doute terrible : est-on pris au piège de nos peurs et fantasmes ?


16 mai 2013

[Critique] GATSBY LE MAGNIFIQUE – 3D - (The Great Gatsby) de Baz Luhrmann

- Cannes 2013 – Film d’ouverture - 

Les décharges anachronico-baroques de Luhrmann ne sont guère surprenantes. Depuis sa relecture kitsch du shakespearien Roméo & Juliette, il ne cesse d’électriser le vintage à coup de modernisme coloré, de paillettes en pagaille, et de numéros pompeux qui affichent sans complexe leurs outrances. Avec son adaptation d’un grand roman de la littérature américaine, soit The Great Gatsby de Fitzgerald en l'occurrence, il ne s’éloigne pas de sa ligne de conduite assumée : en mettre plein les mirettes, en s’inspirant de l'univers du clip, en traitant des thématiques classiques (l’amour fou, le rêve américain, la folie des grandeurs) à travers un prisme pop. Le printemps 1922 du film n’est donc pas vraiment le printemps 1922 du livre. S’il y a bien des saxophonistes sur les toits de New-York, leurs accords ont été remastérisés, avalés, régurgités par et pour la jeune génération dans une sorte de mashup fort désagréable à l’oreille qui mixe du Jay-Z aux rythmes jazzy. Beurk. Même chose pour l’esthétisme clinquant arboré par Luhrmann : les coiffures et costumes d’époque sont là, mais noyés sous un visuel très Spring Break où tout le monde se déhanche sans trop savoir pourquoi en buvant du champagne. Dire qu’on est très loin de Fitzgerald est donc un euphémisme. On est, finalement, on ne sait trop où, un peu piégés au cœur d’un gigantesque capharnaüm, criard et sans goût, vision (presque) cauchemardesque d’un univers ampoulé à mort, que l’on est en droit de rejeter en bloc. Une fois le style jeté à l’écran, que reste-t-il à sauver de tout cela ? 

L’histoire, déjà, belle en soi, d’un homme amoureux fou, finalement laissé pour compte, abusé jusqu’à l’os par des arrivistes, enchaîné aux fardeaux des artifices. Une love story à la Moulin Rouge qui mêle lutte des classes, mirage des réussites matérielles et tragédies sentimentales. L’autre gros atout de Lurhmann, c’est Leonardo Di Caprio, qui semble mixer toutes ses dernières interprétations en date (les démons d’Howard ‘Aviator’ Hughes + la passion de Edward ‘Shutter Island’ Daniels = Jay Gatsby) afin de devancer (sans trop d’efforts) ses partenaires de jeux, Tobey Maguire, un peu falot, et Carey Mulligan, moins intense qu’à l’accoutumée. Sa classe naturelle et son magnétisme parviennent à se faufiler à l’écran, entre le bruit et le néant, entre Beyoncé et Lana del Rey. Plutôt pas mal. Pour le reste, Lurhmann n’épate pas par la subtilité de ses idées de mise en scène. Pour signifier l’écriture en cours du roman, il appose des mots sur l’écran. Pour évoquer la dépression du personnage narrateur, il lui colle une barbe de trois jours. On repassera. L’utilisation de la 3D, quant à elle, sauve quelques belles parenthèses visuelles : ces gros flocons blancs qui plongent la salle en plein hiver, ou ces guirlandes de fête que l’on pourrait presque toucher du doigt. Cela ne suffit pourtant pas à nous entraîner sur la piste. Dans un sens, on est un peu comme Nick Callaway, protagoniste principal dont le film adopte le point de vue. Soit: le simple observateur des excès d’un autre.


11 mai 2013

[Critique] TRANCE de Danny Boyle

- Attention Spoilers - 

Boyle a toujours ressassé les mêmes thèmes et obsessions depuis ses débuts fracassants (Trainspotting ou Petits Meutres entre amis). La survie, l’intrusion, la supercherie. Que ce soit dans La Plage, 28 jours plus tard, Sunshine, 127 heures ou Slumdog Millionaire, ses héros ne sont pas vraiment des héros, plutôt des hommes plongés au sein d’un environnement survolté, des addicts de la palpitation cardiaque, des combattants au désespoir. Au milieu de tout cela, Boyle y glisse invariablement des attirances crasses, aussi salvatrices que broyeuses de consciences, des amours abîmées par les circonstances et le monde dégueulasse qui les entoure. Dans Trance, qui puise ses tours et détours dans la thématique de l’hypnose, tout commence avec Simon (James McAvoy) un commissaire-priseur, passionné de tableaux, directement impliqué dans le vol d’un tableau de Goya. La peinture en question, Le Vol des sorcières, est, en soi, plutôt explicite : un visuel sur deux niveaux qui présente un homme voilé sous une couverture, accablé par des sorcières chapeautées qui vampirisent un homme nu. S’il exclut de son film l’interprétation ‘obscurantisme vs Lumières’ de l’époque, le cinéaste britannique y garde intact son « romantisme noir », les dédales de l’intrigue dévoilant un genre de triangle amoureux hybride guidé par les plus noires pulsions humaines (violence des attachements, dépendance à autrui, passions tourmentées). Dès le pré-générique, Boyle pose à terre les pièces du puzzle à venir : un braquage-éclair, un tableau planqué et une mémoire en lambeaux. A peine les codes du film de gangsters british posés à l’écran que Boyle les dynamite : bien vite, le thriller annoncé vire à la comédie noire, la comédie noire vire en trip pop art psychédélique, le trip se transforme en brainstorming électro, et le final laisse entrevoir ce qui n’est in fine qu’un grand film de rupture amoureuse. C’est clair, Boyle s’amuse comme un fou avec le spectateur. 

Qu’est-ce que la réalité ? Qu’est-ce que l’identité ? Rien d’autre que des perceptions, répond dans un sens le film. Boyle, en optant pour des personnages aux destins et souvenirs manipulés et influencés par autrui, offre une mise en abyme de l’art créatif : le cinéma n’est-il pas également l’expression d’une réalité modifiée? Du regard d’un seul artiste sur une histoire, qu’il transpose à son goût ? Ludique, bien que parfois boursouflé dans sa démonstration de toute-puissance (comme a pu notamment l’être Sunshine avant lui), Trance tente de bluffer son monde : on ne sait qui est qui, qui veut quoi, qui fait quoi. Le tourbillon sensoriel est total, nous balade entre réel et fantasmes, véracité et duperie. Boyle rappelle à ses protagonistes, en même temps que son public, que l’homme n’est qu’une toile de connexions cérébrales, abandonné à des mécanismes psychiques anti-romantiques par essence. Addiction, amour, attraction, rancœur : Boyle met tout dans le même panier. Ce ne sont pour lui que des inductions extérieures, effaçables, oubliables. Des supercheries émotionnelles. Toute sa Trance tente de prouver son propos : le film revêt ainsi divers genres, ose différents tons, offre aux personnages (interprétés par McAvoy, Vincent Cassel et Rosario Dawson) de multiples visages- tour à tour méchants, gentils, puis ni l’un ni l’autre, selon l’angle d’où Boyle choisit de les contempler. Tout est ainsi permutable, à l’infini. En métamorphose permanente, jamais figé, à l’instar de la vie, des vérités, des consciences, des façons de percevoir. Trance peut donc être taxé de grand délire mégalomane, toc et criard, Boyle s’y plaçant avec complaisance en Dieu tirant doublement les ficelles- mais pas de coquille vide. Car le cinéaste n’y propose rien d’autre qu’une (prétentieuse?) réflexion masquée sur le pouvoir de la suggestion. Une fois fait, Boyle offre tout de même le choix : il nous reste encore tout notre libre arbitre pour choisir d’y succomber, ou non. Un peu comme la pilule matrixienne l'a fait en son temps. 


10 mai 2013

[Critique] RENOIR de Gilles Bourdos


On est en 1915, à l’abri de la Première guerre mondiale qui fait rage au-delà de ce paradis de lumière, de fleurs et de verdure. La caméra de Gilles Bourdos se fait d’emblée aérienne, flottante, captant dans de lents et fascinants travellings toute l’atmosphère reposante du Sud de la France, et par là même toute la philosophie tranquille du peintre Auguste Renoir, ici interprété par l’excellent Michel Bouquet. La beauté picturale devient alors, sinon la réponse antidotique parfaite aux atrocités de la guerre, la réunion métaphorique de Renoir père (peintre) et de son fils (futur cinéaste); une étreinte sublime entre peinture et cinéma que capte à merveille Gilles Bourdos et son directeur de la photographie Mark Ping Bing Lee dans des plans-toiles travaillés, à la frontière de l’impressionnisme caractéristique du peintre et du « charnel » qu’épousaient son existence et ses idéaux. Lorsque le cinéma emprunte aux peintures de Renoir ses couleurs et philosophies, cela donne un résultat esthétiquement époustouflant, d’une maîtrise et d’une élégance surprenantes pour ce genre de long-métrage habituellement condamné à des emballages visuels trop «téléfilmiques». Pour son quatrième long métrage, Gilles Bourdos frappe fort, en réunissant dans une même bulle lumineuse l’art et la muse, l’ombre des morts (l’épouse-fantôme de Renoir, les soldats tombés sur les champs de bataille) et la force motrice des vivants et de la création. Parmi ses femmes, dont sa jeune muse Andrée (Christa Theret), Renoir se battait, non pas simplement contre la maladie, mais pour la puissance vitale de l’art, seule arme, valable, véritable, dont l’humain dispose. 

L’art pour survivre, durer, au-delà des douleurs, des balles et des siècles. « La douleur passe, la beauté reste », déclare le peintre, simplement. Cette simplicité, fluide, claire, et dont la mise à scène épouse les contours, accouche d’un film classique, dans le fond et la forme. Ce qui ne l’empêche nullement d’être beau. A l’œil, à l’oreille. Il y a de la poésie quelque part dans ce Renoir signé Bourdos : des correspondances (cette même femme-muse qui unira le fils et le père bien après la mort), des échos (d’)artistes (le pinceau pour l’un, la pellicule pour l’autre), ces mêmes désirs de création, pour la postérité, pour rire au nez de la tristesse du monde. Bien qu’il insuffle sans cesse l’art figuratif dans son œuvre-fresque, Bourdos n’oublie pourtant jamais les corps, cette chair qui a tant inspirée les deux Renoir. C’est ainsi qu’il fait de leur muse commune, bien plus qu’un fantasme évanescent à la peau diaphane et juteuse comme un fruit, mais la métaphore-même de l’idée d’une urgence créative, l'urgence de capter au vol et d'immortaliser à jamais toutes ces incises éphémères- la jeunesse, l’amour, la folie- avant qu’elles ne s’envolent on ne sait où.


4 mai 2013

[Critique] L’ECUME DES JOURS de Michel Gondry


De Gondry, tout est là : les décors en carton, les murs qui rétrécissent, les corps qui s’allongent. De Vian, aussi : la poésie surréaliste, la tragédie absurde, les nénuphars de désespoir. Poussant à l’extrême son art de la bricole et de la folie visuelle, Gondry trouve dans les lignes de Vian un terrain fécond pour y faire pousser tous ses délires, toutes ses obsessions. Comme dans La science des rêves, il y a des choses bizarres, des objets qui prennent vie. Comme dans Be kind, rewind l’esprit se veut enfantin, ludique, enthousiaste. Comme dans Eternal sunshine of the spotless mind, enfin, la légèreté apparente ne cache in fine rien de moins que la cruauté de la vie. Là où les Joël et Clémentine parvenaient toutefois à contrer la noirceur de l’existence par la force de leur amour (même déchu, gâché, condamné par avance), les Chloé et Colin de L’écume des jours, respectivement interprétées par Audrey Tautou et Romain Duris, eux, n’y parviennent pas. L’histoire est tragique: ils se rencontrent, ils se marient, puis elle se meurt. Pour la première fois, Gondry ne peut échapper au noir, qui grignote d’ailleurs symboliquement l’écran à mesure que le film, et la maladie, gagne du terrain. Autant le début est (formellement) lumineux, autant la fin est sans espoir. Gondry achève son dernier acte dans un noir et blanc de mort et de deuil. En résulte un film acculé par la tristesse et mené par des comiques à contre emploi (Omar Sy, Gad Elmaleh) qui risque d’en déconcerter plus d’un par ses paradoxes. Aime-t-on la métamorphose de l’enfant turbulent en clown triste? Pas si sûr. 

D’abord, l’adaptation de Gondry souffre d’une surcharge visuelle indéniable. Une idée à la minute, une fantaisie à la seconde. Tout va trop vite, tout est trop fou, on n’a pas le temps de s’attacher aux personnages, de les comprendre, d’admirer la fresque zinzin. Gondry passe sans cesse du coq à l’âne, à l’instar de ce Paris qu’il met en boîte et qui passe subitement d’un rétro abracadabrantesque à une esthétique anachronico-futuriste déconcertante. Si le coup du sort est, sans conteste, capté à merveille (cette séquence hallucinante en patins qui bascule en un rien de temps de la drôlerie à la boucherie), le film s’étouffe rapidement dans ses ténèbres. Gondry paye alors ses excès et démesures : trop de chagrin gangrène sa pellicule, et le joli spleen se mue en un glauque qu’on ne lui connaissait pas. Le film, bancal, désaccordé, désordonné, se retrouve alors un peu à l’ouest, perdu, à la dérive, sans public et sans véritable conclusion. On en retiendra tout de même une scène, la plus belle d’entre toutes, où Tautou et Duris, en jeunes mariés, nagent à l’aveugle dans les eaux d’une passion naïve. Il y a là quelques secondes aériennes, et d’une beauté époustouflante, qui rappellent que Gondry est avant tout, et à l’instar du héros, un homme amoureux de l’amour. Amour des femmes, des contes, du cinéma.


[Critique] LES AMES VAGABONDES (The Host) de Andrew Niccol


Que le réalisateur de Bienvenue à Gattaca se retrouve à adapter le roman teenager de Stephenie Twilight Meyer avait de quoi surprendre. Pourtant, à bien y regarder, les écrits de Meyer contiennent bien des similitudes avec le film le plus convaincant du cinéaste : même SF froide, même régime totalitaire qui écrase l’individu. Ici, une idée de départ propice à l’expérimentation cinématographique : une jeune fille volontaire (Saoirse Ronan) se voit implanter une âme, à l’instar de tous les autres humains. Sauf qu’elle résiste, contrant inlassablement les assauts d’une Traqueuse impitoyable (Diane Kruger, excellente). Malgré un sous-texte de rébellion et de schizophrénie intéressant et riche, l’univers mis en place par Niccol, se contente de coller sagement aux pages du roman. Sans surprise, sans écarts significatifs, sans faire trop de vague. Autant dire qu’en livrant le minimum syndical, Niccol déçoit. Pire : il ennuie. Là où la saga Twilight était parvenue à rendre palpitant le triangle amoureux des premiers livres de Meyer, Niccol peine à insuffler du rythme et de la folie aux tourments amoureux de la jeune fille. Le cinéaste semble complètement absent de son long-métrage, en roue libre, comme sur un film de commande. Le fond féministe n’est jamais exploité, la violence latente reste contenue sous cloche, la maturité du roman (si, si) est zappée. 

Niccol, finalement, livre un film mièvre pour ados, du Dr Jekyll et Mr Hyde à la sauce light, là où il aurait pu surprendre son monde. A l’inverse de ce qu’avait fait Gary Ross l’année dernière avec Hunger games qui n’édulcorait pas ses noires thématiques (voyeurisme, bellicisme). Ce qu’il y a de plus palpitant dans le film, c’est ce que l’on trouvait déjà dans le livre : une héroïne coupée en deux, possédée par une autre, tiraillée par deux sois. Une idée que Niccol illustre pourtant à l’aide d’une pauvre voix off, peu inspiré, à peine sauvé par la belle prestation de son actrice. Le reste est d’une platitude sans nom : parce que la jeune fille et l’âme tombent amoureuses de deux humains, Niccol met en image un imbroglio amoureux ennuyant à souhait; parce qu’elle s’est vue charcuter par les méchants humains rebelles, l’âme tente de les sensibiliser sur le respect d’autrui et des autres espèces. Vous pouvez roupiller tranquilles : même le final, dégoulinant de bons sentiments, ne vient aucunement renverser la fade mécanique de l’ensemble.