
Il semble qu’Ozon soit parvenu à un état de grâce inégalable avec ce chef d’œuvre qui condense tous les motifs de son cinéma. La plage, le bébé, l’homosexualité masculine, la mort, le temps qui passe, le deuil et la descendance comme thématiques d’une œuvre troublante et magnifique, dont la beauté n’a d’égale que la profondeur. C’est un film d’ambiance, qui étreint durablement, dans une langueur paradisiaque, où rêves et cauchemars se côtoient jusqu’à se supprimer, mort et naissance jusqu’à s’équilibrer. Ozon s’attarde sur les corps, son film illustrant une immense réflexion sur le charnel et la peau : de celle de la femme enceinte, à celle de l’homme, des interactions successives et pleines de douceurs entre elles, d’un inconnu sur une mère, d’un homme sur un autre, d’une femme sur le frère de l’absent. Le Refuge est un poème élégiaque sur le ventre de la mère, ultime refuge aux agressions de l’existence, Isabelle Carré symbolisant la pureté et l’absence de souillure de la femme qui va donner naissance, les aiguilles d’hier remplacées par les espoirs d’aujourd’hui. Triste, naviguant sur les eaux troubles des sensations et des ressentis, Ozon s’abandonne à son sujet sans chercher à poser des mots sur ce qu’il filme. Sa caméra est là, viscérale, puissante, et lui, voyeur et tendre, captant les essentiels : le mouvement des vagues, les silences et les peines, un drap sur un corps, et des corps qui meurent, s’unissent, se déchirent et donnent vie. C’est bouleversant dans ses soubresauts poétiques, destructeur dans sa violence sourde- psychologique et émotionnelle- et paradoxalement reposant dans ses belles errances qui rappellent beaucoup, celles, infiniment pudiques, du Temps qu’il Reste.
- Vu en Avant-Première au Festival Indépendance(s) et Création d’Auch






2 commentaires:
Première impression : je sors déçu non pas par la mise en scène extraordinaire, non pas par les acteurs (magnifique Isabelle Carré), mais parce que j'ai ressenti autant de choses qu'une brique =/
je ne sais pas si le film est bien,en tut cas l'article donne très envie, bravo pour cette belle façon d'écrire
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