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26 sept. 2009

[ Critique ] LONDON RIVER de Rachid Bouchareb



Il y a trois ans, Rachid Bouchareb rétablissait la vérité sur l'Histoire et permettait aux anciens héros de guerre africains de toucher des pensions pour leur combat dans les rangs français. Au passage, il a su prouver et mettre en lumière une des vocations de l'art (et du cinéma): réfléchir sur le réel et changer la donne contemporaine. Aujourd'hui, en 2009, avec ce magnifique et poignant London River, il réaffirme son goût pour les problématiques sociales et l'actualité, et se révèle - bien plus que sur un Indigènes finalement assez conventionnel dans le fond et la forme- un scénariste fabuleux. Son acuité et sa précision dans le regard qu'il pose sur ses personnages (Brenda Blethyn et Sotigui Kouyate, intenses), tantôt caresse bienveillante, tantôt peinture sans fard (et ceci sans jamais les juger!), son intelligence et sa subtilité dans le traitement des thématiques, et sa capacité à étreindre le tragique en restant immensément digne, forcent le respect.

L'écriture, fine et pleine de justesse, soulève les préjugés sans les nommer, rend palpable un Londres K.O frappé par l'horreur rien qu'au travers du désarroi de deux êtres (et à l'insertion judicieuse d'images d'archives), mais surtout remet au premier plan l'humain. Avant la religion. Avant la couleur de peau, l'apparence. Avant les a priori. C'est à la douleur sourde d'une mère qu'il s'intéresse, aux regrets muets d'un père, et à leur association soudaine, tendre, belle. Il aura fallu la disparition, la quête, la découverte de tout un pan de vie invisible et tu pour parvenir à cette paix salvatrice. C'est toute la beauté, mais aussi toute l'atrocité, de cette histoire bouleversante qui, sans prononcer les mots maudits (tolérance, terrorisme, racisme), grave pour longtemps sa marque (d'amour d'abord, de mort ensuite) dans nos esprits.



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