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23 janv. 2010

[ Critique ] A SERIOUS MAN des Frères Coen


Les hommes chez les Coen n’ont jamais de bol. On peut même carrément parler de poisse tenace, qui poursuit et assaille tous leurs protagonistes. Mauvais œil? Punition divine? Bête hasard? Les deux frères se questionnent, entremêlant leur légendaire cynisme et leur humour sec et froid avec une réflexion plus sérieuse et mature sur la condition humaine et l’état du monde. Que reste-t-il de nos valeurs au milieu des adultères et des gosses inconséquents? Que reste-t-il des croyances et des religions lorsque tout espoir semble avoir disparu? Les cinéastes s’amusent à brouiller les pistes, faisant preuve d’autant de désespoir et de noirceur que de distance face à leur propos. Quel est le sens de la vie? L’impact de nos actes sur autrui? Les conséquences des actions des autres sur nos propres existences?

L’homme sérieux du titre est en plein doute, en plein fouillis existentiel, perdu entre la foi inculquée et les preuves d’incertitude que le quotidien lui donne. Comme dans l’ouverture où foi bute contre scepticisme, les Coen ne tranchent jamais, se contentant de relever l’entière absurdité de destinées incontrôlées (incontrôlables?), dont on ne saisit jamais les arcanes. Ce silence- rageur, triste et injuste- obsède les deux frères jusqu’au final, aussi abrupt que génial, aussi dérangeant qu’inexplicable. L’œuvre, impeccable et empreinte de la patte reconnaissable des Coen, elle, se contente d’agiter sous notre nez (avec malice et intelligence) ce gros point d’interrogation qui triture les consciences, offrant ainsi généreusement le partage des incrédulités, et des colères, aussi.




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