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28 févr. 2012

[Critique] EN TERRAINS CONNUS de Stéphane Lafleur


Des réalisateurs émergeants dans le (pas si petit) monde du cinéma d’auteur québécois, Stéphane Lafleur représente l’une des belles promesses. Un ton pince-sans-rire, une intrigue qui s’appuie sur du vide, une mise en scène savoureusement singulière, son deuxième film (après Continental, un film sans fusil) prône l’inverse de son titre. Nous ne sommes pas en terrain connu. L'action, sublimée par une belle bande son signée Sagor & Swing, se déroule dans la banlieue de Montréal et offre à voir la vie banale d’un frère et d’une sœur qui ne communiquent plus, ni entre eux ni avec leur entourage. Des êtres fermés, comme temporellement bloqués, en proie à une sorte de déshumanisation progressive. La fille, interprétée par Fanny Mallette, elle, n’a plus rien à dire à son cycliste (d’appartement) de mari. Le fils (Francis La Haye), lui, porte des tee-shirts ringards, se fait aboyer dessus par un gamin tête-à-claques et se bat contre des bonhommes de neige. Un duo qui n’a plus rien en commun si ce n’est une gravité sombre et une lassitude générale. En clair, dans le film, tout le monde s’emmerde. Sauf le spectateur.

C’est la grande prouesse de Lafleur que d’avoir su aborder l’ennui, le temps qui s’écoule lentement, la grisaille de l’hiver québécois, l’absence de communication et l’indifférence à vivre en captivant réellement son public d’un bout à l’autre. C’est finalement en gardant le mystère sur à peu près tout ce qui jaillit du film (les prédictions bizarres d’un homme du futur, les étranges accidents qui rythment le récit, les questionnements intérieurs des protagonistes), que Lafleur en dit long. Décalé, réjouissant et vraiment très drôle par instants (mais attention que de l’humour noir), En terrains connus, curiosité fascinante que l’on vous encourage vivement à découvrir, s’amuse de ses silences et se joue constamment de l’idée du "morcellement". Bras humains coupés, membres de mannequins à recoller, famille décomposée. Autant de puzzles pour une seule vérité : tout se répare, si peu que l’on prenne la peine de le vouloir.



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