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15 févr. 2012

[Critique] HOWL de Rob Epstein & Jeffrey Friedman


"I saw the best minds of my generation destroyed by madness, starving hysterical naked... ", commence Allen Ginsberg dans son poème en quatre parties, intitulé Howl (hurlement), point de départ au mouvement littéraire de la Beat Generation, mené par des intellectuels libres et libérés qui n’avaient comme armes que leurs mots. Kerouac, Cassady, Burroughs… des figures aujourd’hui célèbres et reconnues, "juste des mecs qui voulaient être publiés", raconte Ginsberg face caméra. Pour incarner le poète torturé, talentueux et homosexuel, Rob Epstein et Jeffrey Friedman ont choisi James Franco, dont la sensibilité (littéraire) et la sensualité (masculine) emplissent chaque image, chaque réflexion, chaque mot qu’il prononce. Que ce soit lors d’une récitation publique, dans un café de San Francisco, qu’au cours d’une interview fictive qui sert de colonne vertébrale au film, Franco incarne Ginsberg avec justesse et passion. On le sent impliqué, tout comme les deux cinéastes dont ce n’est pas le premier essai en la matière puisqu’ils ont déjà signé The Times of Harvey Milk (Oscar du Meilleur documentaire) sur l’homme politique incarné par la suite par Penn chez Van Sant (et où jouait d’ailleurs James Franco lui-même). Et, puisque le monde est petit, Gus Van Sant produit ce Howl-ci, ni tout à fait fiction, ni tout à fait docu, quelque part en équilibre, entre poésie et cinéma, animation et jazz, revendication et introspection.

On est en 1957, où se tenait le procès de Lawrence Ferlinghetti, éditeur du dit poème, blâmé pour la publication de Howl, accusé d’obscénité. Le débat à la Cour prend des allures de cafés littéraires, puisque l’on y discute à la fois la nature d’une œuvre d’art, le droit à la liberté d’expression, l’(in)utilité de la censure, et la place de la poésie dans la littérature. Autant vous dire que Howl est intellectuellement stimulant, un vrai plaisir pour les méninges, et les oreilles (le film est entrecoupé de lectures d’extraits du poème). La réussite suprême de l’entreprise est d’avoir rendu tout ceci passionnant d’un bout à l’autre. Non, ce n’est pas un cours magistral d’1h30 sur l’icône d’une contre-culture, mais bien une expérience cinématographique qui ne ressemble à aucune autre, justement parce qu’à l’instar de Ginsberg, elle réinvente une forme. Ainsi, les séquences d’animation se mêlent-elles à des allers et venues dans le temps, le noir et blanc succède aux couleurs, et, le portrait d’un homme nu (qui a trouvé dans la poésie le moyen d’exprimer ses douleurs et de se libérer de ses tourments, dont notamment une homosexualité-fardeau qu’il vivait comme une malédiction), côtoie celui d’un grand poète qui a radicalement bouleversé et son époque, et la littérature.




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